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    Un cri vers Dieu 357

    Un cri vers Dieu / Marie VILOIN, CFRT / France Télévisions, pour Le Jour du Seigneur, 17 février 2013

     

    Jean de la Croix Robert, moine bénédictin, est venu se retirer dans le massif de la Chartreuse, en ermite, pour prier et méditer les textes bibliques.

    Ecoutons-le lire, dans son ermitage, le psaume 30.

     

    Jean de la Croix Robert, 1

     

     

    Un cri vers Dieu – lecture du psaume

     

     

    Un cri vers Dieu – méditation, première partie

     

     

    Un cri vers Dieu – méditation, seconde partie

     

    * * *

     

    A lire.

    Jean de la Croix Robert, La falaise et l'horizon, Desclée De Brouwer, 2012

     

    * * *

     

    Je t'exalte, Seigneur : tu m'as relevé, tu m'épargnes les rires de l'ennemi.

     

    Quand j'ai crié vers toi, Seigneur, mon Dieu, tu m'as guéri ; *

     

    Seigneur, tu m'as fait remonter de l'abîme et revivre quand je descendais à la fosse.

     

    Fêtez le Seigneur, vous, ses fidèles, rendez grâce en rappelant son nom très saint.

     

    Sa colère ne dure qu'un instant, sa bonté, toute la vie ; * avec le soir, viennent les larmes, mais au matin, les cris de joie.

     

    Dans mon bonheur, je disais : Rien, jamais, ne m'ébranlera !

     

    Dans ta bonté, Seigneur, tu m'avais fortifié sur ma puissante montagne ; * pourtant, tu m'as caché ta face et je fus épouvanté.

     

    Et j'ai crié vers toi, Seigneur, j'ai supplié mon Dieu :

     

    « A quoi te servirait mon sang si je descendais dans la tombe ? * La poussière peut-elle te rendre grâce et proclamer ta fidélité ?

     

    « Écoute, Seigneur, pitié pour moi ! Seigneur, viens à mon aide ! »

     

    Tu as changé mon deuil en une danse, mes habits funèbres en parure de joie.

     

    Que mon coeur ne se taise pas, qu'il soit en fête pour toi, * et que sans fin, Seigneur, mon Dieu, je te rende grâce !

    Psaume 30, Bible de la liturgie

    Copyright AELF - Paris - 1980 - Tous droits réservés

    [mention exigée par l'AELF]

     


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    10 mars 2013, messe 

    Eglise Saint-Pierre, Vigneux-sur-Seine 

     

     

    Sanctus

     

     

    Evangile et Homélie

     

    On observe des variantes dans l'homélie entre la version écrite pour publication et la parole dite en chaire : écoutez !

     

    Evangile de Jésus Christ selon saint Luc

     

    Les publicains et les pécheurs venaient tous à Jésus pour l'écouter.

    Les pharisiens et les scribes récriminaient contre lui : « Cet homme fait bon accueil aux pécheurs, et il mange avec eux ! »

    Alors Jésus leur dit cette parabole :

    « Un homme avait deux fils. Le plus jeune dit à son père : 'Père, donne-moi la part d'héritage qui me revient.' Et le père fit le partage de ses biens.

    Peu de jours après, le plus jeune rassembla tout ce qu'il avait, et partit pour un pays lointain où il gaspilla sa fortune en menant une vie de désordre. Quand il eut tout dépensé, une grande famine survint dans cette région, et il commença à se trouver dans la misère. Il alla s'embaucher chez un homme du pays qui l'envoya dans ses champs garder les porcs. Il aurait bien voulu se remplir le ventre avec les gousses que mangeaient les porcs, mais personne ne lui donnait rien. Alors il réfléchit : 'Tant d'ouvriers chez mon père ont du pain en abondance, et moi, ici, je meurs de faim ! Je vais retourner chez mon père, et je lui dirai : Père, j'ai péché contre le ciel et contre toi. Je ne mérite plus d'être appelé ton fils. Prends-moi comme l'un de tes ouvriers.'

    Il partit donc pour aller chez son père. Comme il était encore loin, son père l'aperçut et fut saisi de pitié ; il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers.

    Le fils lui dit : 'Père, j'ai péché contre le ciel et contre toi. Je ne mérite plus d'être appelé ton fils...'

    Mais le père dit à ses domestiques : 'Vite, apportez le plus beau vêtement pour l'habiller. Mettez-lui une bague au doigt et des sandales aux pieds. Allez chercher le veau gras, tuez-le ; mangeons et festoyons. Car mon fils que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé.' Et ils commencèrent la fête.

    Le fils aîné était aux champs. A son retour, quand il fut près de la maison, il entendit la musique et les danses. Appelant un des domestiques, il demanda ce qui se passait.

    Celui-ci répondit : 'C'est ton frère qui est de retour. Et ton père a tué le veau gras, parce qu'il a vu revenir son fils en bonne santé.'

    Alors le fils aîné se mit en colère, et il refusait d'entrer. Son père, qui était sorti, le suppliait.

    Mais il répliqua : 'Il y a tant d'années que je suis à ton service sans avoir jamais désobéi à tes ordres, et jamais tu ne m'as donné un chevreau pour festoyer avec mes amis.

    Mais, quand ton fils que voilà est arrivé après avoir dépensé ton bien avec des filles, tu as fait tuer pour lui le veau gras !'

    Le père répondit : 'Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. Il fallait bien festoyer et se réjouir ; car ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé ! »

    Lc 15, 1-3.11-32

     

    *

     

    Homélie, Père Luc René, prêtre du diocèse d'Albi

     

    Prendre le temps de la relation à Dieu et aux autres

     

    Que vous soyez dans cette église ou devant votre poste de télévision, voilà un problème auquel nous sommes tous confrontés. Tout d’abord, comment mener de front notre vie de prière personnelle et notre travail ? Ensuite, comment le faire tout en gardant du temps gratuit pour les autres ? C’est une vraie question de Carême, parce que c’est un combat permanent : « Quand le démon n’arrive pas à t’arrêter, il te fait courir. »

     

    Au lieu de vous parler de la Miséricorde du Père, j’ai donc choisi d’aborder ce thème de la gestion de notre temps à travers les trois personnages de cette parabole.

     

    Commençons par le temps que nous consacrons à Dieu : Comment le fils prodigue gère-t-il son temps ? Pour lui, il n’y a pas de temps à perdre, on ne vit qu’une fois. Il réclame l’héritage et s’en va faire la fête. Il passe son temps dans le plaisir. Il ne consacre visiblement aucun temps pour Dieu et lorsqu’il consacre du temps pour les autres, il ne le fait que parce que ça lui procure du plaisir à lui-même !

     

    L’épreuve va brutalement arrêter cette fuite en avant. Comme vous le savez, il en arrive à désirer manger la nourriture des porcs. Il vit « un vrai temps de cochons » ! Alors, il décide de revenir chez son père. Comment le père gère-il son temps ? Il passe son temps à attendre son fils, à scruter l’horizon. Dès qu’il le voit au loin, il n’attend pas, c’est lui le père qui court vers le fils. Il le prend dans ses bras, le couvre de baisers. Et lorsque son fils commence à s’excuser, il lui coupe la parole pour ordonner à ses serviteurs d’organiser une fête. Et pendant ces préparatifs, le père continue de serrer son fils dans ses bras de longues, très longues minutes. Le fils doit se sentir bien au chaud dans le manteau de son père, il n’a rien d’autre à faire que de s’abandonner à cette étreinte.

     

    C’est bien le message essentiel que Jésus nous a donné dans cette parabole : Revenez au Seigneur et laissez-vous étreindre par Dieu ! Cette étreinte se réalise dans la prière. Peu importe si nous sentons la chaleur du manteau ou pas, nous savons que Dieu est heureux du temps que nous lui accordons à ce moment-là. Le temps que nous consacrons à Dieu est la mesure de l’amour que nous avons pour lui.

     

    Alors posons-nous la question : Dans ma journée, est-ce que j’accorde suffisamment de temps à Dieu ou bien mes priorités sont ailleurs au risque de finir un jour avec les cochons ?

     

    Venons-en maintenant à notre second point : Le temps que nous consacrons à nos relations aux autres. Comment le fils ainé gère-t-il son temps ? Pour lui, le travail passe avant les relations. Il vit chez son père, mais pas avec son père. Même son frère est comme un étranger pour lui. À son retour, il l’ignore totalement et fait une grosse crise de jalousie. Il reproche même à son père de ne pas lui avoir donné un chevreau pour festoyer avec ses amis. Nous avons vu les qualités de cœur de ce père, on peut bien imaginer qu’il n’était pas à un chevreau prêt. Mais le fils ainé est resté dans une relation de droit et de dû.

     

    La relation aux autres devrait pourtant être la préoccupation principale de sa vie et de la nôtre ! La plus belle chose que nous pouvons donner à une personne c’est de notre temps. On peut gagner plus d’argent, mais on ne peut pas gagner plus de temps. Lorsque nous donnons de notre temps à une personne, nous lui avons donné pour la vie ! On ne pourra jamais nous le rendre. Beaucoup d’hommes et de femmes consacrent énormément de temps à leur travail et peu à leurs enfants en se justifiant : « Je fais tout ça pour qu’ils ne manquent de rien plus tard ! » Mais leurs propres enfants se plaignent de leur absence, car ils ont plus besoin de relations que de sécurité matérielle !

     

    Posons-nous donc cette seconde question : Est-ce que ma priorité est de prendre du temps dans mes relations avec les autres, ou bien est ce que je préfère me couper de la fête comme le fils ainé ?

     

    En conclusion, nous pouvons décider pour la semaine à venir de consacrer un peu plus de temps à la prière personnelle, un vrai « câlin» avec le Bon Dieu. Si vous avez déjà l’habitude de prier, bravo, mais faites en un peu plus ! On ne priera jamais assez ! Et soyons particulièrement attentifs aux rencontres imprévues qui vont se présenter à nous. Si nous consacrons plus de temps pour Dieu et pour les autres pendant ce Carême, je suis sûr que de son côté, notre Père de Miséricorde prendra le temps de nous préparer quelques délices spirituels pour le festin de Pâques !

     


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  • Jehan Rictus – si qu’y r’viendrait !

      

    Félix Valloton, Jehan-Rictus, in Remy de Gourmont, Le Livre des masques, vol. II, 1898

     


    Jehan Rictus, Les Soliloques du pauvre, 1897-1921

     

    Je m’ dis : — Tout d’ même, si qu’y r’viendrait !

    Qui ça ?... Ben quoi ! Vous savez bien,

    Eul’ l’ trimardeur galiléen,

    L’ Rouquin au cœur pus grand qu’ la Vie !

     

    Délivre-nous de tout mal, Seigneur, et donne la paix à notre temps ; par la miséricorde, libère-nous du péché, rassure-nous devant les épreuves en cette vie où nous espérons le bonheur que tu promets et l'avènement de Jésus Christ notre Sauveur.

    Liturgie de la communion

     

    Le Revenant

    I

     

    I

     

    Des fois je m’ dis, lorsque j’ charrie

    À douète... à gauche et sans savoir

    Ma pauv’ bidoche en mal d’espoir,

    Et quand j’ vois qu’ j’ai pas l’ droit d’ m’asseoir

    Ou d’ roupiller dessus l’ trottoir

    Ou l’ macadam de « ma » Patrie,

     

    Je m’ dis : — Tout d’ même, si qu’y r’viendrait !

    Qui ça ?... Ben quoi ! Vous savez bien,

    Eul’ l’ trimardeur galiléen,

    L’ Rouquin au cœur pus grand qu’ la Vie !

     

    De quoi ? Ben, c’lui qui tout lardon

    N’ se les roula pas dans d’ beaux langes

    À caus’ que son double daron

    Était si tell’ment purotain

     

    Qu’y dut l’ fair’ pondr’ su’ du crottin

    Comm’ ça à la dure, à la fraîche,

    À preuv’ que la paill’ de sa crèche

    Navigua dans la bouse de vache.

     

    Si qu’y r’viendrait, l’Agneau sans tache ;

    Si qu’y r’viendrait, l’ Bâtard de l’ Ange ?

    C’lui qui pus tard s’ fit accrocher

    À trent’-trois berg’s, en plein’ jeunesse

    (Mêm’ qu’il est pas cor dépendu !),

    Histoir’ de rach’ter ses frangins

    Qui euss’ l’ont vendu et r’vendu ;

    Car tout l’ monde en a tiré d’ l’or

    D’pis Judas jusqu’à Grandmachin !

     

    L’ gas dont l’ jacqu’ter y s’en allait

    Comm’ qui eût dit un ruisseau d’ lait,

    Mais qu’a tourné, qui s’a aigri

    Comm’ le lait tourn’ dans eun’ crém’rie

    Quand la crémière à ses anglais !

     

    (La crémièr’, c’est l’Humanité

    Qui n’ peut approcher d’ la Bonté

    Sans qu’ cell’-ci, comm’ le lait, n’ s’aigrisse

    Et n’ tourne aussitôt en malice !)

     

    Si qu’y r’viendrait ! Si qu’y r’viendrait,

    L’Homm’ Bleu qui marchait su’ la mer

    Et qu’était la Foi en balade :

     

    Lui qui pour tous les malheureux

    Avait putôt sous l’ téton gauche

    En façon d’ cœur... un Douloureux.

    (Preuv’ qui guérissait les malades

    Rien qu’à les voir dans l’ blanc des yeux,

    C’ qui rendait les méd’cins furieux.)

     

    L’ gas qu’en a fait du joli

    Et qui pour les muffs de son temps

    N’tait pas toujours des pus polis !

     

    Car y disait à ses Apôtres :

    — Aimez-vous ben les uns les autres,

    Faut tous êt’ copains su’ la Terre,

    Faudrait voir à c’ qu’y gn’ait pus d’ guerres

    Et voir à n’ pus s’ buter dans l’ nez,

    Autrement vous s’rez tous damnés.

     

    Et pis encor :

    — Malheur aux riches !

    Heureux les poilus sans pognon,

    Un chameau s’ enfil’rait ben mieux

    Par le petit trou d’eune aiguille

    Qu’un michet n’entrerait aux cieux !

     

    L’ mec qu’était gobé par les femmes

    (Au point qu’ c’en était scandaleux),

    L’Homme aux beaux yeux, l’Homme aux beaux rêves

    Eul’ l’ charpentier toujours en grève,

    L’artiss’, le meneur, l’anarcho,

    L’entrelardé d’ cambrioleurs

     

    (Ça s’rait-y paradoxal ?)

    L’ gas qu’a porté su’ sa dorsale

    Eune aut’ croix qu’ la Légion d’Honneur !

     

    II

     

    Si qu’y r’viendrait, si qu’y r’viendrait !

    Tout d’un coup... ji... en sans façons,

    L’ modèl’ des méniss’s économes,

    Lui qui gavait pus d’ cinq mille hommes

    N’avec trois pains et sept poissons.

     

    Si qu’y r’viendrait juste ed’ not’ temps

    Quoi donc qu’y s’ mettrait dans l’ battant ?

    Ah ! lui, dont à présent on s’ fout

    (Surtout les ceuss qui dis’nt qu’ils l’aiment).

     

    P’têt’ ben qu’y n’aurait qu’ du dégoût

    Pour c’ qu’a produit son sacrifice,

    Et qu’ cette fois-ci en bonn’ justice

    L’aurait envie d’ nous fout’ des coups !

     

    Si qu’y r’viendrait... si qu’y r’viendrait

    Quéqu’ jour comm’ ça sans crier gare,

    En douce, en pénars, en mariolle,

    De Montsouris à Batignolles,

    Nom d’un nom ! Qué coup d’ Trafalgar !

     

    Devant cett’ figur’ d’honnête homme

    Quoi y diraient nos négociants ?

    (Lui qui bûchait su’ les marchands)

    Et c’est l’ Pap’ qui s’rait affolé

    Si des fois y pass’rait par Rome

     

    (Le Pap’, qu’est pus riche que Crésus.)

    J’en ai l’ frisson rien qu’ d’y penser.

    Si pourtant qu’y r’viendrait Jésus,

     

    Lui, et sa gueul’ de Désolé !

     

    II

     

    III

     

    Eh ben ! moi... hier, j’ l’ai rencontré

    Après menuit, au coin d’eun’ rue,

    Incognito comm’ les passants

    Des tifs d’argent dans sa perrugue

    Et pour un Guieu qui s’ paye eun’ fugue

    Y n’était pas resplendissant !

     

    Y n’est v’nu su’ moi et j’y ai dit :

    — Bonsoir... te v’là ? Comment, c’est toi ?

    Comme on s’ rencontr’... n’en v’là d’eun’ chance !

    Tu m’épat’s... t’es sorti d’ ta Croix ?

    Ça n’a pas dû êt’ très facile...

    Ben... ça fait rien, va, malgré l’ foid,

    Malgré que j’ soye sans domicile,

    J’ suis content d’ fair’ ta connaissance

     

    — C’est vraiment toi... gn’a pas d’erreur !

    Bon sang d’ bon sang... n’en v’là d’eun’ tuile !

    Qué chahut d’main dans Paris !

    Oh ! là là, qué bouzin d’ voleurs :

    Les jornaux vont s’ vend’ par cent mille !

    — Eud’mandez : « Le R’tour d’ Jésus-Christ ! »

    — Faut voir : « L’Arrivée du Sauveur !!! »

     

    — Ho ! tas d’ gouapeurs ! Hé pauv’s morues,

    Sentinell’s des miséricordes,

    Vous savez pas, vous savez pas ?

    (Gn’a d’ quoi se l’esstraire et s’ la morde !)

     

    Rappliquez chaud ! Gn’a l’ fils de Dieu

    Qui vient d’ déringoler des cieux

    Et qui comme aut’fois est sans pieu,

    Su’ l’ pavé... quoi... sans feu ni lieu

    Comm’ nous les muffs, comm’ vous les grues !!!

     

    — (Chut ! fermons ça... v’là les agents !)

    T’entends leur pas... intelligent ?

    Y s’ charg’raient d’ nous trouver eun’ turne.

    (Viens par ici... pet ! crucifié.)

    Tu sais... faurait pas nous y fier.

    Déjà dans l’ squar’ des Oliviers,

    Tu as fait du tapag’ nocturne ;

     

    — Aujord’hui... ça s’rait l’ mêm’ tabac,

    Autrement dit, la même histoire,

    Et je n’ te crois pus l’estomac

    De r’subir la scèn’ du Prétoire !

    — Viens ! que j’ te r’garde... ah ! comm’ t’es blanc.

    Ah ! comm’ t’es pâl’... comm’ t’as l’air triste.

    (T’as tout à fait l’air d’un artiste !

    D’un d’ ces poireaux qui font des vers

    Malgré les conseils les pus sages,

    Et qu’ les borgeois guign’nt de travers,

    Jusqu’à c’ qu’y fass’nt un rich’ mariage !)

     

    — Ah ! comm’ t’es pâle... ah ! comm’ t’es blanc,

    Tu guerlott’s, tu dis rien... tu trembles.

    (T’ as pas bouffé, sûr... ni dormi !)

    Pauv’ vieux, va... si qu’on s’rait amis

    Veux-tu qu’on s’assoye su’ un banc,

    Ou veux-tu qu’on balade ensemble...

     

    — Ah ! comm’ t’ es pâle... ah ! comm’ t’ es blanc,

    T’ as toujours ton coup d’ lingue au flanc ?

    De quoi... a saign’nt encor tes plaies ?

    Et tes mains... tes pauv’s mains trouées

    Qui c’est qui les a déclouées ?

    Et tes pauv’s pieds nus su’ l’ bitume,

    Tes pieds à jour... percés au fer,

    Tes pieds crevés font courant d’air,

    Et tu vas chopper un bon rhume !

     

    — Ah ! comm’ t’ es pâle... ah ! comm’ t’ es blanc,

    Sais-tu qu’ t’ as l’air d’un Revenant,

    Ou d’un clair de lune en tournée ?

    T’ es maigre et t’ es dégingandé,

    Tu d’vais êt’ comm’ ça en Judée

    Au temps où tu t’ proclamais Roi !

    À présent t’ es comme en farine.

    Tu dois t’en aller d’ la poitrine

    Ou ben... c’est ell’ qui s’en va d’ toi !

     

    — Quéqu’ tu viens fair’ ? T’ es pas marteau ?

    D’où c’est qu’ t’ es v’nu ? D’en bas, d’en haut ?

    Quelle est la rout’ que t’ as suivie ?

    C’est-y qu’ tu r’commenc’rais ta Vie ?

    Es-tu v’nu sercher du cravail ?

    (Ben... t’ as pas d’ vein’, car en c’ moment,

    Mon vieux, rien n’ va dans l’ bâtiment) ;

    (Pis, tu sauras qu’ su’ nos chantiers

    On veut pus voir les étrangers !)

     

    — Quoi tu pens’s de not’ Société ?

    Des becs de gaz... des électriques.

    Ho ! N’en v’là des temps héroïques !

    Voyons ? Cause un peu ? Tu dis rien !

    T’ es là comme un paquet d’ rancœurs.

    T’ es muet ? T’ es bouché, t’ es aveugle ?

    Yaou... ! T’ entends pas ce hurlement ?

    C’est l’ cri des chiens d’ fer, des r’morqueurs,

    C’est l’ cri d’ l’Usine en mal d’enfant,

     

    C’est l’ Désespoir présent qui beugle !

     

    IV

     

    — Ed’ ton temps, c’était comme aujord’hui ?

    Quand un gas tombait dans la pure

    Est-c’ qu’on l’ laissait crever la nuit

    Sans pèz’, sans rif et sans toiture ?

     

    — (Pass’ que maint’nant gn’a du progrès,

    Ainsi quand gn’a trop d’ vagabonds

    Ben on les transmet au Gabon.)

    Ceux d’ bon gré et ceux d’ mauvais gré

    Et ceuss comm’ toi qu’ont la manie

    D’ trouver que l’ monde est routinier,

    Ben on les fout dans l’ mêm’ pagnier.

    (Dam ! le Français est casanier,

    Faut ben meubler les colonies !)

     

    — On parle encor de toi, tu sais !

    Voui on en parle en abondance,

    On s’ fait ta tête et on s’ la paie,

    T’ es à la roue... t’ es au théâtre,

    On t’ met en vers et en musique,

    T’ es d’venu un objet d’ Guignol,

    (Ça, ça veut dir’ qu’ tu as la guigne.)

     

    — Ousqu’il est ton ami Lazare ?

    Et Simon Pierre ? Et tes copains...

    Et Judas qui bouffait ton pain

    Tout en t’ vendant comme au bazar ?

    Et tes frangins et ta daronne

    Et ton dab, qu’était ben jean-jean !

     

    Te v’là, t’es seul ! On t’abandonne !

     

    — Et Mad’leine... ousqu’alle est passée ?

    (Ah ! pauv’ Mad’leine... pauv’ défleurie,

    Elle et ses beaux nénés tremblants,

    Criant pitié, miaulant misère,

    Ses pauv’s tétons en pomm’s d’amour

    Qu’ étaient aussi deux poir’s d’angoisse

    Qu’on s’ s’rait ben foutu dans l’ clapet.)

     

    — C’était la paix, c’était la Vie.

    Ah ! tout fout l’ camp et vrai, ma foi,

    T’ aurais mieux fait d’ te mett’ en croix

    Contr’ son ventr’ nu... contr’ sa poitrine,

    Ces dardés-là t’euss’nt pas blessé,

    Sûr t’aurais mieux fait... d’ l’embrasser :

    A n’avait un pépin pour toi !

     

    V

     

    Ah ! Généreux !... ah ! Bien-aimé,

    Tout ton monde y s’a défilé

    Et comm’ jadis, au Golgotha :

    Eli lamma Sabacthani,

    Ou n, i, ni c’est ben fini.

     

    Eh ! blanc youpin... eh ! pauv’ raté !

    Tout ton Œuvre il a avorté

    Toi, ton Étoile et ta Colombe

    Déringol’nt dans l’éternité ;

    Tu dois en avoir d’ l’amertume.

    Même à présent quand la neig’ tombe :

     

    (On croirait tes Ang’s qui s’ déplument !)

     

    Là, là, mon pauv’ vieux, qué désastre !

    Gn’en a pas d’ pareil sous les astres,

    Et faut qu’ ça soye moi qui voye ça ?

    Et dir’ que nous v’là toi z’et moi,

    Des bouff-la-guign’, des citoyens

    Qu’ ont pas l’ moyen d’avoir d’ moyens.

     

    Et que j’ suis là, moi, bon couillon,

    À t’ causer... à t’ fair’ du chagrin,

    Et que j’ sens qu’ tu vas défaillir

    Et que j’ai mêm’ rien à t’offrir,

    Pas un verre... un bol de bouillon !

     

    Ohé, les beaux messieurs et dames

    Qui poireautez dans les Mad’leines,

    Curés, évêques, sacristains,

    Maçons, protestants, tout’ la clique,

    Maqu’reaux d’ vot’ Dieu, hé ! catholiques,

    Envoyez-nous un bout d’hostie :

     

    G’na Jésus-Christ qui meurt de faim !

     

    VI

     

    — Et pourtant, vrai, c’ qu’on caus’ de toi !

    (Ah ! faut voir ça dans les églises,

    Dans les jornaux, dans les bouquins !)

    Tout l’ monde y bouff’ de ton cadavre

    (Mêm’ les ceuss qui t’en veul’nt le plus !)

     

    Sous la meilleur’ des Républiques

    Gn’en a qu’ ont voulu t’ décrocher,

    D’aut’s inaugur’nt des basiliques

    Où tu peux seul’ment pas coucher.

     

    — Et tout ça s’ passe en du clabaud !

    Et quand y faut payer d’ sa peau,

    Quand faut imiter l’ Fils de l’Homme,

    Oh ! là, là, gn’a rien d’ fait... des pommes !

     

    Les sentiments sont vit’ bouclés,

    À la r’voyure, un tour de clé !

    Les uns y z’ont les pieds nick’lés,

    Les aut’s y les ont en dentelles !

     

    — (Toi au moins t’ étais un sincère,

    Tu marchais... tu marchais toujours ;

    (Ah ! cœur amoureux, cœur amer)

    Tu marchais mêm’ dessur la mer

    Et t’ as marché... jusqu’au Calvaire !)

     

    — Et dir’ que nous v’là dans les rues

    (Moi, passe encor, mais toi ! oh ! toi !)

    Et nous somm’s pas si loin d’ Noël ;

    T’es presque à poils comme autrefois,

    Tout près du jour où ta venue

    Troublait les luisants et les Rois !

     

    Ah ! mes souv’nirs... ah ! mon enfance

    (Qui s’est putôt mal terminée),

    Mes ribouis dans la cheminée,

    Mes mirlitons... mes joujoux d’ bois !

     

    — Ah ! mes prièr’s... ah ! mes croyances !

    — Mais ! gn’a donc pus rien dans le ciel !

     

    —  Sûr ! gn’a pus rien ! Quelle infortune !

    (J’ suis mêm’ pas sûr qu’y ait cor la Lune.)

    Sûr ! gn’a pus rien, mêm’ que peut-être

    Y gn’a jamais, jamais rien eu...

     

    VII

     

    Mais à présent... quoi qu’ tu vas foutre ?

    Fair’ des bagots... ou ben encor

    Aux Hall’s... décharger les primeurs !

    (N’ va pas chez Drumont on t’ bouff’rait)

    Après tout, tu n’étais qu’un youtre !

     

    — Si j’ te servais tes Paraboles !

     

    Heureux les Simpl’s, heureux les Pauvres,

    Eul’ Royaum’ des Cieux est à euss.

     

    — (C’est avec ça qu’on nous empaume,

    Qu’on s’ cal’ des briqu’s et des moellons)

    Ben, tu sais, j’ m’en fous d’ ton Royaume ;

    J’am’rais ben mieux des patalons

    Eun’ soupe, eun’ niche et d’ l’amitié.

     

    (Car quoiqu’ t’ ay’ ben fait ton métier

    Toi, ton grand cœur et ta pitié,

    N’empêch’nt pas d’avoir foid aux pieds !)

     

    — Ainsi arr’gard’ les masons closes

    Où roupill’nt ceuss’ qui croient en Toi.

    Sûr qu’ t’es là, su’ des bénitiers

    Dans les piaul’s... à la têt’ des pieux ;

    Crois-tu qu’un seul de ces genss’ pieux

    Vourait t’abriter sous son toit ?

     

    VIII

     

    Ah ! toi qu’on dit l’Emp’reur des Pauvres

    Ben ton règne il est arrivé.

    Tu d’vais r’venir, tu l’as promis,

    Assis su’ ton trône et « plein d’ gloire »

    Avec les Justes à ta droite ;

    Et te v’là seul dans la nuit noire

    Comm’ un diab’ qu’est sorti d’ sa boîte !

    Sais-tu seul’ment où est ta gauche ?

     

    Oh ! voui t’es là d’pis deux mille ans

    Su’ un bout d’ bois t’ouvr’ tes bras blancs

    Comme un oiseau qu’ écart’ les ailes,

    Tes bras ouverts ouvrent... le ciel

    Mais bouch’nt l’espoir de mieux bouffer

    Aux gas qui n’ croient pus qu’à la Terre.

     

    Oh ! oui t’es là, t’ouvr’ tes bras blancs

    Et vrai d’pis Y temps qu’on t’a figé

    C’ que t’en as vu des affligés,

    Des fous, des sag’s ou des d’moiselles

    Combien d’ mains s’ sont tendues vers toi

    Sans qu’ t’aye pipé, sans qu’ t’aye bronché !

     

    Avoue-le va... t’ es impuissant,

    Tu clos tes châss’s, t’ as pas d’ scrupules,

    Tu protèg’s avec l’ mêm’ sang-froid

    L’ sommeil des Bons et des Crapules.

    Et quand on perd quéqu’un qu’on aime,

    Tu décor’s, mais tu consol’s pas.

     

    Ah ! rien n’ t’émeut, va, ouvr’ les bras,

    Prends ton essor et n’ reviens pas ;

    T’ es l’Étendard des sans-courage,

    T’ es l’Albatros du Grand Naufrage,

    T’ es le Goëland du Malheur !

     

    IX

     

    Quiens ! ôt’-toi d’ là et prends ta course,

    Débin’, cavale ou tu vas voir,

     

    Aussi vrai qu’ j’ai un nom d’ baptême

    Et qu’ nous v’là tous deux dans la boue,

    Aussi vrai que j’ suis qu’eun’ vadrouille,

    Un bat-la-crève, un fout-la-faim

    Et toi un Guieu magasin d’ giffes.

     

    Ej’ m’en vas t’ buter dans la tronche,

    J’ vas t’ boulotter la pomm’ d’Adam,

    J’ m’en vas t’ rincer, gare à ta peau !

     

    En v’là assez... j’ m’en vas t’ saigner.

    J’ai soupé, moi, des Résignés

    J’ai mon blot des Idéalisses !

     

    — Arrière, arrièr’, n’ va pas pus loin !

    Un moment vient où tout s’ fait vieux,

    Où les pus bell’s chos’s perd’nt leurs charmes :

     

    (Oh ! v’là qu’ tu pleur’s, et des vraies larmes !

    Tout va s’écrouler, nom de Dieu !)

     

    — Ah ! je m’ gondole... ah ! je m’ dandine...

    Rien n’ s’écroule, y aura pas d’ débâcle ;

    Eh l’Homme à la puissance divine !

    Eh ! fils de Dieu ! fais un miracle !

     

    X

     

    — Et Jésus-Christ s’en est allé

    Sans un mot qui pût m’ consoler,

    Avec eun’ gueul’ si retournée

    Et des mirett’s si désolées

    Que j’ m’en souviendrai tout’ ma vie.

     

    Et à c’ moment-là, le jour vint

    Et j’ m’aperçus que l’Homm’ Divin..

    C’était moi, que j’ m’étais collé

    D’vant l’ miroitant d’un marchand d’ vins !

     

    On perd son temps à s’engueuler...

     

    III

     

    Il suffit d’un Homme pour

    changer la face du monde.

    J. R.

     

    XI

     

    Mais ça fait rien si qu’y r’viendrait

    Quéqu’ nuit d’Hiver quand l’ frio semble

    Fair’ péter pavés et carreaux

    (Mais durcir les cœurs les pus tendres),

    Et g’ler les pleurs aux cils qui tremblent,

    Si qu’y planquait son blanc mensonge

    Quéqu’ nuit autour d’un brasero !

     

    Ça s’rait p’têt’ moi qui yi dirait

    Les mots qui s’raient l’ pus nécessaire

    Et ça s’rait p’têt’ ben moi qui s’rait

    L’ pus au courant d’ sa grand’ misère,

    Ça s’rait p’ têt’ moi qui l’ consol’rais...

     

    — Ah ! qu’ j’y crierais, n’ va pas pus loin,

    A branl’nt dans l’ manch’ tes cathédrales ;

    N’ va pas pus loin, n’ va pas pus loin,

    Ton pat’lin bleu est cor pus vide

    Qu’ nos péritoin’s réunis.

    Ah ! enfonc’-toi les poings dans l’ bide

    Jusqu’à la colonn’ vertébrale !

     

    — Arrière, arrièr’, n’ va pas pus loin !

    Ou n’ viens qu’ la s’main’ des quat’-jeudis

    Car tu r’trouv’rais tes Ponce-Pilate

    Présent en limace écarlate,

    Trempée dans l’ sang des raccourcis !

     

    — Arrière, arrièr’, n’ va pas pus loin !

    (Car l’Iscariot a fait des p’tits)

    Tu pourrais pus confier ta peine

    Qu’aux grands torchons ou... à la Seine.

     

    T’ as cru à l’Homm’ toi, ma pauv’ vieille ?

    Ah ben ! tu sais, moi je n’ sais pus !

    {Ventre affamé n’a pas d’oreilles

    Et les vent’s pleins n’en ont pas plus !)

     

    XII

     

    — Pleur’ ! Pleure encor, pleur’ tout’s tes r’ssources

    (Comm’ pleur’ le gas qui n’ peut payer

    Son enterr’ment ou son loyer).

    Qu’ tes trous à voir d’vienn’nt deux gross’s sources

    Et qu’ l’Univers en soye noyé !

     

    — Pleur’ ! pleure encore et sois béni,

    Ta banq’ d’amour a fait faillite

    Coffret d’ sanglots, boîte à génie.

     

    Ah ! le beau rêv’ que t’ as conté.

    Ton Paradis ? La belle histoire

    Sans c’te vach’ de Réalité :

     

    — T’ étais l’ pus pauv’ d’entre les Hommes

    Car tu sentais qu’ tu pouvais rien

    Contre leur débine indurée :

     

    (Or comm’ les Pauv’s n’ont d’aut’ moyen

    Pour bouffer un peu leur chagrin

    Que d’ se réciter leur détresse

    Ou d’en dir’ du mal à part eux

    Et rêvasser quéqu’ chose de mieux

    Pour le surlend’main des lend’mains)

     

    — Toi, t’ as voulu sécher d’un coup

    Le très vieux cancer des Humains

    Et pour ça leur en faire accroire...

    Ton Paradis ? la belle histoire !

    Et tu leur aimantas les yeux

    Vers le vide enivrant des cieux

    Qui dans ton pat’lin sont si bleus !

     

    (Ton Paradis ? Eh ben ! c’était

    Un soliloque de malheureux !)

     

    XIII

     

    — Ah ! sors-toi l’ cœur, va, pauv’ panné,

    Ton cœur de pâle illuminé,

    Au lieur d’histoir’s à la guimauve

    Hurle ta peine à plein gosier.

     

    — Pisqu’y gn’a pus personn’ qui t’aime

    Et qu’ te v’là comme abandonné

    Le cul su’ ta Mason ruinée,

    Sors-moi ton cœur désordonné

    Lui qui n’a su que pardonner,

    Tremp’-le dans la boue et dans l’ sang

    Et dans ton poing qu’y d’vienne eun’ fronde

    Et fous-le su’ la gueule au monde

    Y t’en s’ra p’têt’ reconnaissant !

     

    (T’ en as déjà donné l’exemple

    Mais d’puis... l’a passé d’ l’eau sous l’ pont)

    Faut rester l’ gas au coup d’ tampon

    Qui boxait les marchands du Temple !

     

    — Chacun a la Justice en lui,

    Chacun a la Beauté en lui,

    Chacun a la Force en lui-même,

    L’Homme est tout seul dans l’Univers,

    Oh ! oui, ben seul et c’est sa gloire,

     

    Car y n’a qu’ deux yeux pour tout voir.

     

    Le Ciel, la Terre et les Étoiles

    Sont prisonniers d’ ses cils en pleurs.

    Y n’ peut donc compter qu’ su’ lui-même.

    J’ m’en vas m’ remuer, qu’ chacun m’imite,

    C’est là qu’est la clef du Problème,

    L’Homm’ doit êt’ son Maître et son Dieu !

     

    XIV

     

    — Quiens ! V’là l’ Souriant en flanquet bleu,

    V’là l’ coq qui crach’ son vieux catarrhe

    Comme au matin d’ ton agonie

    Alors que Pierr’ copiait Judas

     

    (Tu vois c’te bête alle a s’en fout

    A sonn’ la diane de la Vie,

    La Vie qui n’ meurt pas comm’ les Dieux !)

     

    — Viens çà un peu que j’ te délie

    Et que j’ t’aide à sortir tes clous

    (Eustach’s pour qui qui nous touch’ra)

     

    Viens avec moi par les Faubourgs,

    Par les mines, par les usines

    On ballad’ra su’ les Patries

    Où tes frangins sont cor à g’noux

    (Car c’est toi qui les y a mis !)

     

    Faut à présent leur prend’ les pattes,

    Les aider à se r’mett’ debout,

    Y faut secouer au cœur des Hommes

    Le Dieu qui pionc’ dans chacun d’ nous !

     

    XV

     

    Ou ben alorss si tu peux pas,

    Si tu n’as pus rien dans les moëlles,

    [Retourn’ chez l’Accrocheur d’Étoiles]

    Remont’ là-haut ! Va dire au Père,

    À celui qui t’a envoyé,

    Quéqu’ chos’ qu’aurait l’air d’eun’ prière

    Qui s’rait d’ not’ temps, eh ! crucifié.

     

    XVI

     

    Notre dab qu’on dit aux cieux,

     

    (C’est y qu’on n’ pourrait pas s’entendre !)

     

    Notre daron qui êt’s si loin

    Si aveug’, si sourd et si vieux,

     

    (C’est y qu’on n’ pourrait pas s’entendre !)

     

    Que Notre effort soit sanctifié,

    Que Notre Règne arrive

     

    À Nous les Pauvr’s d’pis si longtemps,

     

    (C’est y qu’on n’ pourrait pas s’entendre !)

     

    Su’ la Terre où nous souffrons

    Où l’on nous a crucifiés

    Ben pus longtemps que vot’ pauv’ fieu

    Qu’a d’jà voulu nous dessaler.

     

    (C’est y qu’on n’ pourrait pas s’entendre !)

     

    Que Notre volonté soit faite

    Car on vourait le Monde en fête,

    D’ la vraie Justice et d’ la Bonté,

     

    (C’est y qu’on n’ pourrait pas s’entendre !)

     

    Donnez-nous tous les jours l’ brich’ton régulier

    (Autrement nous tâch’rons d’ le prendre) ;

    Fait’s qu’un gas qui meurt de misère

    Soye pus qu’un cas très singulier.

     

    (C’est y qu’on n’ pourrait pas s’entendre !)

     

    Donnez-nous l’ poil et la fierté

    Et l’estomac de nous défendre,

     

    (Des fois qu’on pourrait pas s’entendre !)

     

    Pardonnez-nous les offenses

    Que l’on nous fait et qu’on laiss’ faire

    Et ne nous laissez pas succomber à la tentation

    De nous endormir dans la misère

    Et délivrez-nous de la douleur

    (Ainsi soit-il !)

     

    *

     

    Cette page s'inscrit dans les siècles des siècles. On pourra lire en regard ce qui est de maintenant : Le thérondelle_18 – From Russia with Love, Le thérondelle_19 – вокру́г самовара (à paraître ce dimanche 17 février).

     


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  • Père Don Italo Molinaro : « Quels sont les riches qui sont renvoyés les mains vides ? »
    Notre-Dame de la Belle Verrière, Notre-Dame de Chartres, 1180

    Père Don Italo Molinaro : « Quels sont les riches qui sont renvoyés les mains vides ? »

     


    W. A. Mozart, Exultate Jubilate, Alleluia, int. Arleen Auger, Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks, dir. Leonard Bernstein, 1990



    Père Don Italo Molinaro, Sanctuaire de la Madonna del Sasso, Locarno, Suisse, 15 août 2012
    Références bibliques : Ap 11, 19a ; 12,1-6a.10ab ; Ps. 44 ; 1 Co 15, 20-27 ; Lc 1, 39-56


    Marie, c'est nous !


    « Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles, il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides » : ce sont les paroles les plus fortes du Magnificat, que nous venons d'entendre. Par ces mots, Marie proclame la présence de Dieu dans l'histoire humaine : sa petite histoire de femme, mais aussi l'histoire de son peuple, de son temps, de son passé et de son avenir, qui est formé par toutes les générations du monde.


    Nous aussi, à travers cette messe télévisée, nous essayons d’annoncer cette présence divine concrète, en associant les mots de Marie aux images et à la musique. Il s'agit d'une tentative nouvelle, rendue possible par la technologie, mais si on réfléchit bien, on se rend compte qu’il s’agit d’un exercice profondément traditionnel, parce que ce cantique de Marie est né comme de la poésie et la poésie est un texte qui sort de lui-même, et se projette vers nous avec force ! Le Magnificat lui aussi a toujours jailli vers l'extérieur du livre et est devenu d’abord chant et musique, et ensuite a inspiré la peinture, les images et même le « Sacro Monte » ici, à Locarno. Aujourd'hui, nous avons osé présenter le Magnificat avec les images d'actualité, avec les visages et les personnes dans lesquels nous reconnaissons quelque chose de la réalité de Dieu dans l'histoire.


    Sur les images qui ont illustré notre Magnificat, c’est avant tout l'histoire de gens simples, qui ont rendu grâce à Dieu par de beaux ex-votos de la tradition populaire. Mais nous avons aussi inséré des scènes « politiques », comme la chute du mur de Berlin. Il y avait également des figures humbles et fortes de notre temps, comme Mère Teresa, le pape Jean, l'Abbé Pierre, et même des figures extérieures à la tradition chrétienne, comme la militante pacifique birmane Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix en 1991.


    Il n'est pas question de canoniser quelqu’un, mais de permettre au Magnificat de faire son œuvre aujourd'hui, qui est de déborder du texte écrit et de nous montrer, aujourd'hui, les « grandes choses » pour lesquelles magnifier Dieu, les réalités humaines que Dieu « assume », aujourd'hui, au « ciel ».


    Peut-être vous demandez vous pourquoi j’utilise des mots qui reprennent le langage mariale de l’Assomption, pour parler de chacun de nous... Quels sont les points communs entre Marie et Aung San Suu Kyi, avec le mur de Berlin, avec les défis de notre temps ? Se demander cela, cependant, révèle toute la pauvreté de notre dévotion à Marie ! Nous avons réduit la Vierge à une « machine à mercis », alors que Dieu nous l’a donnée comme symbole du monde sauvé. Un monde qui cherche et chante les grandes œuvres de Dieu en tout temps et partout ! Marie est plus que Marie, parce que Marie c’est nous et nous sommes Marie. C’est pour cette raison que le concile Vatican II l’a proclamée « Mère de l'Église » et que le pape Paul VI l’appelait « notre sœur ».


    Marie est la femme de l'Apocalypse. Marie fait partie de ces « tous » qui recevront la vie dans le Christ, comme nous l'avons entendu chez saint Paul. Mais depuis que Marie c'est nous, la femme de l'Apocalypse nous révèle aussi notre identité ! Marie est la femme revêtue du soleil, car en nous brille le soleil du matin de Pâques ! C'est la femme qui donne naissance au Messie, parce que Jésus est le fils de notre humanité concrète. C'est la femme qui a trouvé refuge au désert, parce que nous sommes le peuple de Dieu qui vit dans le désert d’aujourd’hui, l'exode de Pâques jusqu’au Royaume. La belle image de la fuite en Égypte, conservée ici à Madonna del Sasso, doit nous rappeler que Dieu est à l'œuvre aujourd'hui, pour nous donner un havre de sécurité dans nos déserts !


    Grâce à la Marie du Magnificat et à la Marie de l’Apocalypse, Dieu nous révèle notre merveilleuse identité profonde : en fait nous sommes des personnes aimées, des personnes que Dieu choisit pour générer le Messie et le salut. Des personnes que Dieu accompagne durant un temps qui est désert, mais aussi refuge. Marie se réjouit en Dieu, qui comble les humbles et c’est pourquoi, nous aussi, nous nous réjouissons parce que nous découvrons combien d’humbles gestes humains Dieu fait monter au ciel, aujourd’hui, en les inondant de soleil divin, en les rendant déjà pascals.


    Chers amis, nous devrions nous transformer tous en réalisateurs de télévision et créer nous-mêmes un film moderne du Magnificat, avec des images de nos vies humbles, avec les gestes de l'amour et la lumière de notre vie quotidienne, avec les actes à contre-courant, difficiles, mais nécessaires, que le monde d’aujourd’hui attend, dans les domaines de l'économie, de la société, de la politique, de la culture, de la solidarité et de la foi.


    Quelles images utiliser pour exprimer le Magnificat aujourd'hui ? Où et quand Dieu renverse-t-il aujourd'hui les puissants et élève-t-il les humbles ? Quels sont les riches qui sont renvoyés les mains vides ? Et qui sont les affamés comblés de biens ?


    Aujourd'hui, croire en Dieu implique d’avoir le courage de faire quelque chose de beau dans la vie, à partir des grands idéaux de salut et d'espérance. La foi ne peut se réduire à allumer une bougie à la Vierge Marie, ici, ou à Lourdes, ou à Fatima, ou pour demander la grâce de guérir ou de trouver du travail. Marie nous encourage à rêver de la grâce d’une vie nouvelle pour le monde entier. Marie a rêvé grand et nous offre maintenant cette grandeur : la santé, oui, mais pour chaque être humain. Le travail oui, mais pour chaque personne. Le bien-être, la paix, l'éducation, la culture, le droit à la vie, oui, mais pour toutes les générations du monde.


    Nous sommes dans un moment de peur, de repli sur nous-mêmes, sur notre identité, sur nos crises. Même les Églises et les religions se montrent souvent apeurées, bloquées sur leurs problèmes internes. Les nations se battent pour défendre leurs privilèges. Le marché mondial échappe au contrôle démocratique et ressemble au grand dragon rouge de l'Apocalypse. À bien des égards, ce début du nouveau millénaire ressemble à un désert, mais la femme de l'Apocalypse dit justement que le désert devient un refuge ! Et saint Paul nous rappelle que le Christ est ressuscité d'entre les morts comme premier-né. Il est le premier, mais nous venons ensuite, et donc une force de résurrection est semée en nous, afin que nous la mettions également dans la réalité du monde d'aujourd'hui !


    Chers amis, regardons vers le haut ! Revenons à cultiver des idéaux élevés, de grands objectifs pour l'humanité, pour nos familles, pour nos réalités sociales et économiques, petites et grandes. Dieu prépare un refuge, c’est-à-dire un nouveau monde pour rassasier les affamés. Il l’a dit à travers Marie, une affamée qui a été comblée, une humble qui fut élevée, la servante qui travaille avec la grâce de Dieu, parce qu’elle a cru en la grâce divine. Elle a cru pour le monde entier, pour un monde nouveau ! Amen.


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  •   
    Magali de Piau Engaly : le tunnel du Somport, comme vous l'avez toujours rêvé sans jamais oser l'imaginer.
     

     


    Les Chevaliers du fiel, Magali de Piau Engaly

    Les routes ne sont plus sures.

     


     

     

     

     

     


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