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Par Lou de Libellus dans de litterrance le 29 Août 2012 à 00:01
Shanghai, la vieille ville en contrebas
Yunqing, Jiangnan Sizhu, Shanghai, traditionnel
Qiu Xiaolong, La Danseuse de Mao, 2007, trad, française, Liana Levi, 2008
Elle a dansé avec le président Mao à Shanghai : en s'abandonnant contre son épaule, Shang a relancé sa carrière d'actrice. Aujourd'hui, le Grand Timonier n'est plus qu'un souvenir et la star s'est suicidée, laissant derrière elle des secrets d'alcôve. Une jolie « fleur de prunier », petite-fille de Shang, guide l'inspecteur Chen dans le sillage de cette femme peu ordinaire...
Qiu Xiaolong est né à Shanghai en 1953. Son père est victime de la « Révolution culturelle », lui-même est interdit d'école. Après les événements de Tian'anmen, en 1989, il se réfugie aux États-Unis.
La Chine s'est éveillée. Pour certains, une vie de rêve, pour le peuple, un cauchemar.
Nous vous invitons à une traversée gourmande (ou misérable) de Shanghai à Pékin, des quartiers pauvres à ceux des nouveaux maîtres du monde, des affreuses nouilles bouillies au suprême canard laqué à l'ancienne.
La rentrée s'annonce. Goûtez aujourd'hui votre riz blanc. Demain...
« La base économique conditionne la superstructure idéologique... » Chen parvint à énoncer ce postulat marxiste acquis à l'université, mais il en resta là. Ce qui caractérisait le « socialisme à la chinoise » actuel, toutefois, était l'incompatibilité entre les deux. Avec une économie de marché entièrement capitaliste – et encore au « stade de l'accumulation primitive », pour utiliser une autre formule marxiste – quelle sorte de superstructure communiste ou de civilisation spirituelle pouvait-on attendre ?
Il se souvint d'une petite gargotte au coin de la rue.
[…]
Une serveuse rondouillarde et courte sur pattes, qui devait avoir dans les cinquante-cinq ans, lui tendit un menu sale dans un silence maussade. Il commanda une bière Tsing Tao, deux plats froids – du tofu séché à la sauce rouge et un œuf de cent ans à la sauce soja et lui demanda :
« Vous avez des spécialités ?
_ Tripes, poumon, cœur de porc, etc., tout cela cuit à la vapeur avec du vin de riz. C'est une vieille spécialité de Shanghai. Vous n'en trouverez nulle part ailleurs.
_ Formidable. Je prendrai ça, dit-il en refermant le menu. Et aussi une tête de carpe fumée. Une petite. »
[…]
Chen prenait un plaisir pervers à la compagnie de Gang ce soir-là et il lui tendit deux billets de dix yuans.
« Tante Yao, une bouteille de Fleuve Yang, une portion de joue de porc et une douzaine de pattes de poulet sauce piquante ! » cria Gang.
[…]
« Soupe au poulet, ensuite filet de carpe frit à la tomate et fleur de bourse-à-pasteur avec du tofu, annonça Peiqin avec un sourire heureux. Aujourd'hui nous sommes dimanche, tu pourras aussi avoir un verre de vin jaune de Shaoxin. »
[…]
« Aujourd'hui ma vieille épouse doit garder l'enfant de sa sœur, dit Long. Nous bavarderons à notre aise devant ce festin de crabes. Je vais les préparer. Ça ne prendra que quelques minutes. »
Il mit les crabes dans l'évier et les lava avec un petit balai de bambou. Pendant que les crustacés rampaient sous l'eau courante, il prit une grande marmite, la remplit d'eau à moitié et la posa sur le réchaud à propane.
« La cuisson à la vapeur est la plus simple et la meilleure.
_ Je peux vous aider, Long ?
_ Émincez le gingembre, répondit Long en lui tendant un morceau. Pour la sauce. »
Il se pencha au-dessus de l'évier pour nettoyer les crabes avec une vieille brosse à dents. Quand Chen eut terminé sa tâche, Long se mit à ligoter les crabes un à un avec de la ficelle blanche.
« De cette façon, ils ne perdent pas leurs pattes dans les paniers vapeur », expliqua Long en les mettant dans la marmite.
[…]
La sauce spéciale au vinaigre, sucre et gingembre était prête. Long y trempa ses baguettes, goûta et se lécha les babines. Il ouvrit une bouteille de vin de riz jaune de Shaoxin et remplit deux verres.
« Buvons d'abord.
_ à notre festin de crabes ! »
[…]
Tôt le matin, [l'inspecteur Yu] arriva au marché où [Peng] travaillait comme porteur de porcs, mais il apprit que Peng avait été renvoyé.
« Un bon à rien qui ne peut manger que du riz ramolli », lui dit un ancien collègue de Peng en attaquant à la hache une tête de porc surgelée sur un billot, et en crachant sur le sol jonché de feuilles de chou pourries. « Vous le trouverez probablement en train de manger son riz blanc chez lui. »
[…]
Un homme corpulent était accroupi à l'entrée de la ruelle comme un lion de pierre, le visage à moitié enfoui dans un grand bol de nouilles, tenant une gousse d'ail au bord du bol.
[…]
« Trouvons-nous un endroit. Un restaurant dans le coin, par exemple. »
[…]
Peng mit dans sa bouche un gros morceau de bœuf au bouillon.
[…]
Peng se servit une écuellée de soupe chaude au poisson du Guizhou et l'aspira en se léchant les babines.
[…]
« Je suis un porc mort », dit Peng en croquant le dernier travers de porc sauce aigre-douce et en s'essuyant les doigts.
[…]
[Chen] décida de se faire un shop suey avec tous les restes bouillis ensemble, additionnés de ce qui restait d'échalote, de gingembre et de poivre desséché dans le réfrigérateur. Il sortit le petit bocal de tofu fermenté et jeta le dernier morceau dans le liquide multicolore.
[…]
Elle partit donc pour le marché du quartier avec sa liste. Celle-ci était prometteuse. Porc gras, poisson de Wuchang, melon sauvage, poivre vert et rouge, et légumes de saison.
[…]
De retour dans la cuisine, elle se mit au travail. Le poisson vivant continua de se débattre et de sautiller pendant qu'elle l'écaillait sur la planche. Il eut un dernier sursaut quand elle le déposa dans le panier vapeur, et sa queue lui entailla le doigt.
[…]
Peiqin revint dans la cuisine. Elle coupa en dés l'aubergine cuite à la vapeur, ajouta du sel, de l'huile de sésame, et une pincée de glutamate. Elle coupa aussi un morceau de méduse pour un autre plat froid, accompagné d'une sauce spéciale dans une petite coupelle.
[…]
[à Pékin, au restaurant Fangshan]
« Alors je vous suggère un assortiment exquis. »
[…]
« Pour commencer : poisson vivant de Zhongnan hai, les mers du Centre et du Sud, à la vapeur, avec gingembre frais et ciboule. […] L'authentique canard laqué à la pékinoise. De six à huit mois, spécialement gavé. […] Nos chefs perpétuent la tradition qui consiste à décoller la peau du canard en soufflant à l'intérieur et à lui coudre le croupion avant de l'enfourner. […] Nous présentons les fameuses cinq façons de le préparer : fines tranches croustillantes roulées dans une crêpe, tranches frites à l'ail vert, pattes plongées dans le vin, gésiers sautés aux légumes verts, et soupe de canard, mais il faut environ deux heures avant qu'elle soit d'un blanc parfaitement crémeux. »
Restons sur cette note craquante.
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Précédemment :
François Cheng, Le dit de Tianyi – nourritures terrestres, une vie de saveurs
Umberto Eco, Le Cimetière de Prague – Cuisine des terroirs
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Par Lou de Libellus dans du champ du signe le 21 Août 2012 à 00:01
Oh ! ça sent la fin des vacances...
Un tour encore au Lapin Agile, avec Stello et Claude Nougaro, puis, avec Les Chevaliers du Fiel, tout ce que vous avez manqué si vous êtes partis en croisière
Mes amis, nous avons voyagé...
Stello, Le 31 du mois d'août, traditionnel, Au Lapin Agile, 1934
Claude Nougaro, J'ai choisi le lapin, Au Lapin Agile, années 50/90
Claude Nougaro, Le plus vieux des vagabonds, Au Lapin Agile, années 50/90
Les Chevaliers du Fiel, Vacances d'enfer, 2011
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Précédemment :
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Par Lou de Libellus dans du champ du signe le 17 Août 2012 à 00:01
Ecoutez-les ! Elles parlent le langage des gens.
_ Où es-tu ? Où es-tu ?
_ Suis ici ! Suis ici !
Steve Waring, Les Grenouilles, 1969, Le Chant du Monde
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Par Lou de Libellus dans dans les siècles des siècles le 15 Août 2012 à 17:59

Notre-Dame de la Belle Verrière, Notre-Dame de Chartres, 1180
W. A. Mozart, Exultate Jubilate, Alleluia, int. Arleen Auger, Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks, dir. Leonard Bernstein, 1990
Père Don Italo Molinaro, Sanctuaire de la Madonna del Sasso, Locarno, Suisse, 15 août 2012
Références bibliques : Ap 11, 19a ; 12,1-6a.10ab ; Ps. 44 ; 1 Co 15, 20-27 ; Lc 1, 39-56
« Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles, il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides » : ce sont les paroles les plus fortes du Magnificat, que nous venons d'entendre. Par ces mots, Marie proclame la présence de Dieu dans l'histoire humaine : sa petite histoire de femme, mais aussi l'histoire de son peuple, de son temps, de son passé et de son avenir, qui est formé par toutes les générations du monde.
Nous aussi, à travers cette messe télévisée, nous essayons d’annoncer cette présence divine concrète, en associant les mots de Marie aux images et à la musique. Il s'agit d'une tentative nouvelle, rendue possible par la technologie, mais si on réfléchit bien, on se rend compte qu’il s’agit d’un exercice profondément traditionnel, parce que ce cantique de Marie est né comme de la poésie et la poésie est un texte qui sort de lui-même, et se projette vers nous avec force ! Le Magnificat lui aussi a toujours jailli vers l'extérieur du livre et est devenu d’abord chant et musique, et ensuite a inspiré la peinture, les images et même le « Sacro Monte » ici, à Locarno. Aujourd'hui, nous avons osé présenter le Magnificat avec les images d'actualité, avec les visages et les personnes dans lesquels nous reconnaissons quelque chose de la réalité de Dieu dans l'histoire.
Sur les images qui ont illustré notre Magnificat, c’est avant tout l'histoire de gens simples, qui ont rendu grâce à Dieu par de beaux ex-votos de la tradition populaire. Mais nous avons aussi inséré des scènes « politiques », comme la chute du mur de Berlin. Il y avait également des figures humbles et fortes de notre temps, comme Mère Teresa, le pape Jean, l'Abbé Pierre, et même des figures extérieures à la tradition chrétienne, comme la militante pacifique birmane Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix en 1991.
Il n'est pas question de canoniser quelqu’un, mais de permettre au Magnificat de faire son œuvre aujourd'hui, qui est de déborder du texte écrit et de nous montrer, aujourd'hui, les « grandes choses » pour lesquelles magnifier Dieu, les réalités humaines que Dieu « assume », aujourd'hui, au « ciel ».
Peut-être vous demandez vous pourquoi j’utilise des mots qui reprennent le langage mariale de l’Assomption, pour parler de chacun de nous... Quels sont les points communs entre Marie et Aung San Suu Kyi, avec le mur de Berlin, avec les défis de notre temps ? Se demander cela, cependant, révèle toute la pauvreté de notre dévotion à Marie ! Nous avons réduit la Vierge à une « machine à mercis », alors que Dieu nous l’a donnée comme symbole du monde sauvé. Un monde qui cherche et chante les grandes œuvres de Dieu en tout temps et partout ! Marie est plus que Marie, parce que Marie c’est nous et nous sommes Marie. C’est pour cette raison que le concile Vatican II l’a proclamée « Mère de l'Église » et que le pape Paul VI l’appelait « notre sœur ».
Marie est la femme de l'Apocalypse. Marie fait partie de ces « tous » qui recevront la vie dans le Christ, comme nous l'avons entendu chez saint Paul. Mais depuis que Marie c'est nous, la femme de l'Apocalypse nous révèle aussi notre identité ! Marie est la femme revêtue du soleil, car en nous brille le soleil du matin de Pâques ! C'est la femme qui donne naissance au Messie, parce que Jésus est le fils de notre humanité concrète. C'est la femme qui a trouvé refuge au désert, parce que nous sommes le peuple de Dieu qui vit dans le désert d’aujourd’hui, l'exode de Pâques jusqu’au Royaume. La belle image de la fuite en Égypte, conservée ici à Madonna del Sasso, doit nous rappeler que Dieu est à l'œuvre aujourd'hui, pour nous donner un havre de sécurité dans nos déserts !
Grâce à la Marie du Magnificat et à la Marie de l’Apocalypse, Dieu nous révèle notre merveilleuse identité profonde : en fait nous sommes des personnes aimées, des personnes que Dieu choisit pour générer le Messie et le salut. Des personnes que Dieu accompagne durant un temps qui est désert, mais aussi refuge. Marie se réjouit en Dieu, qui comble les humbles et c’est pourquoi, nous aussi, nous nous réjouissons parce que nous découvrons combien d’humbles gestes humains Dieu fait monter au ciel, aujourd’hui, en les inondant de soleil divin, en les rendant déjà pascals.
Chers amis, nous devrions nous transformer tous en réalisateurs de télévision et créer nous-mêmes un film moderne du Magnificat, avec des images de nos vies humbles, avec les gestes de l'amour et la lumière de notre vie quotidienne, avec les actes à contre-courant, difficiles, mais nécessaires, que le monde d’aujourd’hui attend, dans les domaines de l'économie, de la société, de la politique, de la culture, de la solidarité et de la foi.
Quelles images utiliser pour exprimer le Magnificat aujourd'hui ? Où et quand Dieu renverse-t-il aujourd'hui les puissants et élève-t-il les humbles ? Quels sont les riches qui sont renvoyés les mains vides ? Et qui sont les affamés comblés de biens ?
Aujourd'hui, croire en Dieu implique d’avoir le courage de faire quelque chose de beau dans la vie, à partir des grands idéaux de salut et d'espérance. La foi ne peut se réduire à allumer une bougie à la Vierge Marie, ici, ou à Lourdes, ou à Fatima, ou pour demander la grâce de guérir ou de trouver du travail. Marie nous encourage à rêver de la grâce d’une vie nouvelle pour le monde entier. Marie a rêvé grand et nous offre maintenant cette grandeur : la santé, oui, mais pour chaque être humain. Le travail oui, mais pour chaque personne. Le bien-être, la paix, l'éducation, la culture, le droit à la vie, oui, mais pour toutes les générations du monde.
Nous sommes dans un moment de peur, de repli sur nous-mêmes, sur notre identité, sur nos crises. Même les Églises et les religions se montrent souvent apeurées, bloquées sur leurs problèmes internes. Les nations se battent pour défendre leurs privilèges. Le marché mondial échappe au contrôle démocratique et ressemble au grand dragon rouge de l'Apocalypse. À bien des égards, ce début du nouveau millénaire ressemble à un désert, mais la femme de l'Apocalypse dit justement que le désert devient un refuge ! Et saint Paul nous rappelle que le Christ est ressuscité d'entre les morts comme premier-né. Il est le premier, mais nous venons ensuite, et donc une force de résurrection est semée en nous, afin que nous la mettions également dans la réalité du monde d'aujourd'hui !
Chers amis, regardons vers le haut ! Revenons à cultiver des idéaux élevés, de grands objectifs pour l'humanité, pour nos familles, pour nos réalités sociales et économiques, petites et grandes. Dieu prépare un refuge, c’est-à-dire un nouveau monde pour rassasier les affamés. Il l’a dit à travers Marie, une affamée qui a été comblée, une humble qui fut élevée, la servante qui travaille avec la grâce de Dieu, parce qu’elle a cru en la grâce divine. Elle a cru pour le monde entier, pour un monde nouveau ! Amen.
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Par Lou de Libellus dans du champ du signe le 13 Août 2012 à 00:01
Dansons au Lapin Agile, avec Jean-Roger Caussimon, et soyons fous avec Raymond Devos.
Les vacances sont bientôt finies.
Jean-Roger Caussimon, Léo Ferré, Le temps du tango, Au Lapin Agile, années 50/80
Raymond Devos, Où courent-ils ?, Olympia 99
Raymond Devos, in Pierrot le fou / Jean-Luc Godard, 1965- - -
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